Rassurez vous à Delhi, à Bethléem comme à Malestroit, l’hymne des cieux a bien résonné et un Sauveur nous est né voire ici nous a été donné….
Bien loin du recueillement silencieux, individuel, attentif qui caractérise nos églises en cette veille de Noël, la veillée est ici à l’image de l’Inde un rassemblement de foule jeune, tendance très familiale, enjouée et venue pour célébrer au milieu du bruit, de lumières et d’enthousiasme pour la fête => quoi déjà ?? : ah oui c’est vrai Emmanuel !
Plantons le décor : une église au fronton imposant, rattaché au Sacré-Cœur en plein cœur de Delhi. Une grille d’accès avec fouille sécurité individuelle très restreinte générant un goulet d’étranglement pour parvenir au parvis principal. Une crèche principale et des crèches annexes entremêlées de cierges de toutes couleurs, enguirlandées fumant tels de gigantesques bûchers devant une icône de la Vierge. Une file (indienne….) se créant à l’entrée de l’église afin de parvenir à l’objet de toutes les convoitises « la mangeor » (in english dans le texte). Qu’importe que le Ciel de Bethléem ait de nuit cette couleur bleu azur immaculée, plus semblable au ciel du Rajasthan, le message reste le même et le plaisir des enfants à prendre « Jésus » dans leur bras pour la photographie plus concret !
Emprunt au Monde Moderne => rendons immédiatement compte de l’instant à toute la famille restée au foyer ou à distance en leur envoyant un SMS ou MMS avec photo attachée… Tellement fun !!
De minute en minute, la foule devient massive et l’heure de la grande célébration approche : sur les conseils d’amis, je me suis rendu à l’événement vers 22H15 disposé à trouver un siège pour la célébration que tous me confirment démarrer vers 23H00. L’organisation d’un tel événement semble devoir passer par quelques sacrifices, acceptables vus la circonstance : comment accueillir une foule importante, sinon en disposant à l’extérieur un autel et des rangées de siège devant permettre de s’asseoir quelques secondes ? Bravant le froid (T° < à 10°C, une impression à Delhi que vous frisez les 0°C…) Je rejoins donc un siège vers 22H50 en pleine répétition de chants pour la célébration.
La musique, arrêtons nous quelques secondes sur ce chapitre incandescent : fermez les yeux et imaginez vous une chorale mixte type Gospel, vêtue de broderies et sarees de lin dorées, un junkie au synthétiseur et un micro fantaisiste. Des voix fortes, porteuses de ferveur, ; certain(e)s tournant au tour de chant (pour le casting de la Music Academy, veuillez repasser s’il vous plaît !).
Deuxième pan du décor, la langue : English, Hindi voire Hinglish. .. Difficile de satisfaire les uns et les autres, le récital sera donc mixte : un livret de 40 chansons dont 30 en Hindi. 15min, 30min, 45min, les chants entremêlés d’invocation à remercier Dieu s’entremêlent sans qu’un signe clair de début de cérémonie ne semble être donné. Il faut se rendre à l'évidence, nous nous dirigeons vers une messe de minuit, il faut savoir prendre patience….
Effectivement, le douzième coup retentit à peine que la Compagnie Créole (j’ai longtemps hésité pour savoir s’il s’agissait de la Compagnie Créole, Gold, UB40 ou Kassav) interrompt ses prouesses vocales (j’allais me mettre à onduler prêt pour la danse des canards) pour laisser place au Saint Père (l’évèque local) qui, d’un bon pas, franchit avec sa crosse la distance qui sépare le parking de l’autel : Un red Carpet sous les flashs et les caméras des TVs locales.
La messe (en vraie) peut enfin démarrer : ‘Le seigneur soit avec vous’, ‘Et avec votre esprit’ . La phrase à peine terminée, la sanction combe : toute la liturgie en Hindi…. Pendant ce temps, on s’envoie des SMS, on recharge les batteries en allant chercher un sandwich (« Veg » or « Non Veg » ?) dans l’arrière cour, on se prend en photo entre amis ou en famille : un vrai marché de Noël entoure la chapiteau où l’office a démarré. Pour moi, deux ou 3 bouées de sauvetage : les lectures en ‘Hinglish’ permette de suivre quelque peu la progression de l’ensemble. 40min, nous abordons enfin l’homélie qui se transforme en un dialogue entre des prêtres et des témoins de la joie du Christ (pure supputation, vous aurez bien compris que je ne suis pas encore apôtre de Jésus, ayant reçu l’onction me permettant de parler toutes les langues du Monde) dont le visage est rayonnant.
Commence alors la célébration de l’Eucharistie : pas d’appel à se démunir de se biens matériels, à donner pour la communauté, nous sommes loin des épisodes de vie évangélique découverts à New York : chacun donne à son bon vouloir, les sommes restent moyennes (vu d’un européen, je dirais très modeste mais la population présente est très mixte et représentative de la société Indienne dans sa diversité sociale). Personnellement, malgré les crampes d’estomac récurrentes, le froid qui me glace le corps légèrement vêtu (amplitude thermique quotidienne : 15/20°C, peu favorable à songer à enfiler de gros pulls le soir venu), et l’attention distraite, je me réfugie encore quelques minutes dans l’atmosphère du lieu puis craque définitivement après le Notre Père : trop froid, trop faim, trop envieux également de rejoindre ceux qui m’ont invité à leur soirée démarrée depuis 20H30 : Ici, il est déjà 01H15…
Je rentre mes mains prudemment dans mes poches à la recherche de mon portable pour appeler mon chauffeur : vide, désespérément vide. Mon portable est resté sur le chevet à l’hôtel. Conscient d’avoir à trouver un rickshaw et rentrer dans le froid jusqu’à l’hôtel (il y a des heures où vous maudissez l’option Air Conditionné du rickshaw), je me glisse jouant des coudes vers la sortie. 20 personnes minimum à attendre, pas un seul rickshaw aux environs. Nul doute, l’attente va être longue, autant songer à effectuer le trajet à pied (15-20 minutes environ). « Sylvain, Sylvain » deux mots qui viennent soudain réveiller mon inquiétude : un sauveur m’est donné => Gajendra, mon chauffeur m’attendait aux grilles de l’église ! A peine le temps de s’engouffrer dans la voiture que le chauffage monte à fond : il est temps de rejoindre les fêtards dans leur appartement surabondant de mets disposés par les uns et les autres pour en goûter quelques uns. Que la fête commence : à ma montre, 2H00….
Joyeux Noêl à tous!